Proche de
la structure présentée sur la maquette de la page précédente,
tenant compte des calculs de déperdition thermique, mais beaucoup moins
enterré car comportant deux niveaux habitables, et démuni de capteur
actif, le projet effectivement réalisé en Normandie est défini
par les schémas ci-dessous.
le projet de construction
On notera cependant que la face
nord est sensiblement enterrée,
de même que la face
ouest, tandis que la face
sud et la
face
est sont totalement dégagées afin d'obtenir le meilleur
compromis ensoleillement-protection contre le vent. On notera aussi la faible
hauteur hors-tout du bâtiment 5.6m. dont seulement 4.8m au dessus du niveau
naturel initial du sol. On notera l'une des caractéristiques essentielle
de cette construction, outre ses parois inclinées, c'est son toit presque
plat et incliné
vers l'intérieur d'un angle de 7°.
Cela permet de réduire la hauteur coté patio et donc d'augmenter
son efficacité en terme de luminosité et présente un énorme
intérêt sur le plan thermique, en n'étant pas un obstacle
pour le vent d'une part et, grâce à sa conception ventilée,
en étant en outre un élément important de la régulation
thermique été comme hiver (précisé ci-dessous).
Comment : le solaire passif
Le deuxième point important
fut effectivement le choix du solaire
passif et
du matériau d'habillage assurant le meilleur résultat : relativement
peu de vitrages et un
essentage
d'ardoises sur des parois inclinées. L'essentage est une technique très
employée en Pays de Caux pour protéger un mur de la pluie, c'est
le principe que nous avons retenu car les ardoises ont en outre une capacité
calorifique très intéressante. Ainsi à 9h du matin en début
mars ou fin février, un jour ensoleillé, les ardoises au soleil
atteignent aisément 40°C, et la carapace de la maison constitue alors
un bouclier thermique limitant la fuite des calories vers l'extérieur.
Comme sous les ardoises il y a une double isolation thermique dont les propriétés
sont non isotropes, la température dans la maison reste raisonnable,
même en été.

L'été
une cheminée
centrale bien ouverte permet d'évacuer, si besoin est, le surplus
de calories , tandis que des

rideaux extérieurs,
pare-soleil mais non brise-vue, filtrent le rayonnement entrant par les velux
(en fait ce n'est plus utile aujourd'hui que l'ombrage sélectif fonctionne
naturellement en plein été limitant correctement la température).
Les dalles de béton intégralement carrelées et isolées
jouent aussi un rôle de régulation en raison de leur importante
capacité thermique. Enfin une mini véranda est venue, quelques
années plus tard, créer un espace-tampon supplémentaire
côté sud-ouest pour protéger l'entrée principale.
En outre la disposition astucieuse des plantations permet de dégager
la face sud en hiver et au contraire de la maintenir à l'ombre en été,
aux heures chaudes de la journée (de même que la face ouest), ce
qui contribue efficacement à la climatisation naturelle.
Les figures ci-dessous illustrent ce point. En hiver le soleil frappe la face
sud et réchauffe les ardoises. Or nous avons prévu un espace de
quelques centimètres entre les ardoises et l'isolation ce qui permet
à l'air de circuler. Quand le soleil agit l'air, froid au niveau du sol,
va pénétrer dans cet espace et en se réchauffant au contact
des ardoises va monter vers le haut de la paroi. Puis, il va diffuser dans l'espace
semblable qui se trouve entre le toit et sa sous-couche de 25cm d'isolant. Le
toit, en raison de son inclinaison n'est pas atteint par les rayons du soleil
hivernal (du moins dans la partie sud), l'air va donc avoir tendance à
se refroidir et donc à redescendre doucement vers le patio, ou à
diffuser vers la partie nord de cet espace entre toit et isolant. Or cet espace
nord reçoit lui le rayonnement solaire une partie de la journée,
il est donc moins froid et l'air va donc continuer à diffuser vers le
point haut le plus au nord, il va alors se refroidir lentement en redescendant
le long de la paroi nord dans l'espace entre isolant et ardoises. Ainsi côté
sud les ardoises réduisent encore les pertes de chaleur venant de la
maison, tandis que côté nord c'est l'air réchauffé
venant du sud qui va jouer autant que faire se peut ce même rôle.
Notons que la VMC qui débouche dans le patio met l'espace patio en légère
surpression et limite de ce fait l'arrivée d'air froid dans le patio,
ainsi les pertes par le vitrage du patio sont elles limitées, d'une part,
et le transfert de l'air réchauffé en face sud vers le nord en
est aussi facilité.
En été le système fonctionne naturellement dans l'autre
sens. Le soleil très haut dans le ciel chauffe essentiellement le toit,
tandis que les parois d'ardoises restent dans l'ombre en raison de la végétation.
L'air du patio va donc pénétrer dans l'espace toit, s'y réchauffer
puis redescendre en se refroidissant dans l'espace entre isolant et ardoises.
On obtient alors une uniformisation des températures tout autour de la
maison et le résultat en est une température agréable et
quasiment uniforme dans l'ensemble de l'habitation.

Bien évidemment ce processus n'est pas limité à la face
sud; on a un phénomène semblable quand le soleil est à
l'est ou à l'ouest. Ainsi par ex le 15 novembre 2007 la température
extérieure au lever du jour était de 0°C et dans la journée
elle n'a pas excédé 6°C. Mais le ciel était dégagé,
le vent de nord et le soleil brilla toute la journée : dès 10h
du matin l'unique radiateur du niveau principal s'arrêta, puis vers 11h
ce fut celui du niveau inférieur qui ne se réenclencha qu'à
22h05, tandis que celui du niveau supérieur se remit en marche après
23h alors que dès 21h la température extérieure était
retombée en dessous de 0°C, mais dans l'ensemble de l'habitation
elle était comprise entre 20 et 21°C selon les endroits. L'homogénéité
de température interne est évidemment due aussi à la circulation
d'air liée au fonctionnement de la VMC, tandis que l'arrêt des
radiateurs résulte à la fois de l'entrée du rayonnement
solaire par les vitrages et de l'homogénéisation des échanges
thermiques via ce processus de circulation d'air réchauffé par
l'action du soleil dans la double enveloppe de la maison.
quelques détails de la construction
(cliquez pour agrandir)
pendant la construction
Les images ci-dessus montrent l'ossature bois, en forme d'
araignée
en porte à faux sur une épaisse dalle de béton, les
caissons en cours d'installation dans lesquels on intégrera l'isolation,
et une vue du toit montrant l'ouverture centrale (le patio) apportant un surplus
de lumière. Sur la photo en bas à droite on distingue l'isolation
traditionnelle en laine de verre (double couche de 25 cm d'épaisseur)
qui va être recouverte d'un
film plastique aluminisé
(photo de droite-milieu) ayant la double fonction d'assurer l'étanchéité
à la pluie ( essentiel pendant la construction) et de se comporter ensuite
comme une couche isolante d'épaisseur équivalente à 5 cm
de laine de verre dans un sens et environ 1 cm dans l'autre, cette anisotropie
est un plus évident dans le concept de solaire passif.
Pour assurer une luminosité suffisante sans multiplier les fenêtres
vers l'extérieur, le choix a été d'intégrer un patio
totalement vitré, de 7.5 m
2 de surface au sol, au centre de
la maison, lequel constitue alors un puits de lumière pour un mini jardin
intérieur. Cette surface vitrée, d'environ 22m
2, est
évidemment a priori une source de déperdition d'énergie,
déperdition compensée en grande partie grâce à la
ventilation mécanique contrôlée de la maison. En effet la
VMC est obligatoire et généralement débouche directement
à l'extérieur en évacuant une quantité non négligeable
de calories, ici elle débouche dans le patio, créant alors un
micro
climat propice à la floraison précoce des
arbustes qui y sont plantés, et l'entrée d'air exploite l'espace
tampon du garage. Précisons que l'étanchéité de
la maison étant soignée la totalité de l'air circulant
dans la maison provient de l'espace tampon du garage (sauf cas de fenêtre
ou porte ouverte bien évidemment). Cet espace tampon étant enterré
sa température varie peu et est intermédiaire entre la température
extérieure et la température intérieure. En hiver le besoin
de chauffage du à cette circulation sera donc sensiblement réduit
par rapport aux systèmes habituels qui prélèvent l'air
directement à l'extérieur. Le rejet de l'air vicié dans
le patio en maintenant la température du patio de 5 à 10°C
au dessus de la température extérieure en hiver réduit
d'autant les déperditions via les double vitrages du patio.
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| décembre
1980 |
printemps 1981 |
février 2007 |
juillet 2007 |
A gauche une vue côté
sud-ouest, en décembre, de
la construction finie prise depuis la route, au centre la même vue, au
cours du printemps-81, montrant les premiers arbustes de la future seconde ligne
de brise vent venant d'être mis en place. A droite deux vues récentes,
avec la végétation actuelle montrant qu'en hiver ou au début
du printemps la face sud est ensoleillée, tandis qu'en été
elle est ombragée.
en page suivante le bilan énergétique
après 30 années d'exploitation.